Finalement, il y a bien deux personnes assez folles pour se promener dans un endroit perdu sous un orage pareil ; mais on peut parier qu’aucun des deux fous n’a voulu ça. En tout cas, Lawrence n’avait pas dans l’idée de marcher sur un chemin boueux sous une pluie battante agrémentée d’éclairs et de coups de tonnerre. L’orage ne l’impression pas particulièrement, mais comme tout le monde, il le met mal à l’aise ; enfin… Il estime que ce doit être le cas pour tout le monde.
Maintenant que la pluie s’est arrêtée, Lawrence est arrêté en plein milieu du chemin boueux, mèches de cheveux blanches dégoulinantes d’eau de pluie, attention concentrée sur une carte à demi-déployée.
La triste vérité est là, bel et bien présente devant ses yeux sombres et désolés : il est perdu. Il avait vraiment besoin de ça. Apparemment, il s’est lourdement trompé dans son itinéraire, et au lieu d’arriver dans un endroit connu, il est en plein milieu de nulle part, et ne reconnaît strictement rien. Quant à sa carte, elle ne lui est pas réellement utile, il faut bien avouer… Il lève les yeux sur le paysage qui l’entoure, ne goûtant que très peu à cette espèce de beauté désolée et froide, surtout très agacé par la perspective de faire demi-tour.
Lawrence Candide est très voyant dans l’environnement très sombre qui l’entoure. Non seulement il a les cheveux blancs – très blancs – mais en plus il arbore une combinaison de couleur turquoise, portée plutôt près du corps. On pourrait se moquer en trouvant que l’équipement n’est pas très adapté à une traversée d’un pays pas forcément accueillant, mais après un peu d’observation, on s’apercevrait vite que la tenue est très précisément prévue pour ce type d’expéditions.
Lawrence n’est pas encore assez bête pour partir à l’aventure vêtu à la dernière mode de la capitale – et pourtant, il la connaît, ce qui est une sorte de… privilège. Si on voit les choses comme ça. Comme tout bon fils du Sang blasé, Lawrence estime que les privilèges lui reviennent de droit – ce n’est pas de sa faute, il a été élevé dans cette idée et tout s’est toujours déroulé comme ça, après tout.
En attendant, ce n’est pas ces privilèges qui vont le sortir de cette route sombre et froide et le ramener vers une contrée un peu plus urbaine et habitée. Et puis ce n’est pas vraiment par plaisir qu’il voyage, Lawrence, il a un travail à fournir quand même !
« Enfin, si on donnait plus de moyens aux diplomates, peut-être qu’ils ne se perdraient pas en cours de route, aussi… » maugrée-t-il pour lui-même à demi-voix en lançant un regard rageur et agacé autour de lui. La perspective de faire demi-tour et de revenir sur ses pas le séduit très peu – il a horreur de perdre du temps comme ça. Enfin, il est aussi assez intelligent pour se rendre compte que continuer sur cette route ne l’amènera strictement à rien, sinon à des dangers, et ce n’est absolument pas ce qu’il cherche.
Il allait donc tourner sur ses talons en repliant sommairement sa carte – afin de la ranger dans un baudrier prévu à cet effet lâchement attaché autour de ses hanches droites – quand une silhouette très claire dans le ciel attire son attention. Il plisse légèrement les yeux, et reconnaît rapidement la bête comme étant un corbeau blanc – il savait que ça existait, mais il ne pensait pas qu’ils pouvaient survivre à l’état sauvage, tiens.
En abaissant son regard sombre, il trouve une explication à la présence de l’animal : une autre silhouette, cette fois piétonne et mince, marche sur le même chemin que lui. Sans doute la propriétaire du corbeau blanc – il est persuadé qu’il s’agit d’une femme, parce qu’un homme est difficilement aussi mince que ça… Rassuré par la stature de la femme, il décide de s’en approcher – il faut préciser que lui n’est pas réellement une force de la nature, de petite taille et svelte, mais… Une femme solitaire le rassure plus. Il s’en approche donc, laissant ses lèvres se détendre d’un sourire dont on devine qu’il n’est que protocolaire alors qu’il est près d’elle :
« Bonjour. Savez-vous où nous sommes exactement ? »